Les Etats-Unis ou le mirage du charbon
Malgré des manœuvres de réanimation constantes voire désespérées, la fin de règne du charbon apparaît inéluctable aux Etats-Unis.
Le charbon fut l’un des socles de la réussite des industriels du Gilded Age dépeints par Mark Twain et représentés dans la série éponyme. Mais les Rockefeller et les Vanderbilt du XXIe siècle lui préfèrent les sources d’énergie décarbonées.
Depuis le pic de 2007, la part du charbon dans la production d’électricité n’a cessé de baisser aux Etats-Unis.
Au mois de mai 2026, l’énergie solaire a pour la première fois surpassé le charbon dans le mix énergétique. “La production d’électricité à base de charbon a atteint un plus bas historique mensuel de 39,3 TWh en avril 2026. Bien que la production ait légèrement augmenté pour atteindre 43,4 TWh en mai, elle est restée 11 % en dessous des niveaux de mai 2025”, selon une étude publiée par Ember le 10 juin 2026.
Malgré l’hypothèse d’une hausse de 3% de la production d’électricité en raison de températures supérieures à la moyenne, l’EIA anticipe pour l’été 2026 “une progression de 19 % pour l’énergie solaire et de 10 % pour l’énergie éolienne. La production à partir du charbon devrait diminuer de 2 %”, tandis que les centrales à gaz généreraient la même quantité d’électricité qu’en 2025, peut-on lire dans le “Short Term Energy Outlook” publié le 9 juin.
Une consommation en baisse
La tendance devrait même accélérer sur le reste de l’année, avec une consommation en baisse de 8%, à 386 millions de tonnes métriques, tandis que les opérateurs continuent de planifier la mise à l’arrêt des unités de production, selon la FERC (Federal Energy Regulatory Commission).
L’EPA (Environmental Protection Agency) a pourtant abrogé ou assoupli bon nombre de réglementations, notamment les exigences qui obligeaient les opérateurs de centrales à charbon à installer des technologies de captage et de stockage du carbone (CCS) sous peine de fermeture d’ici 2032. Ainsi l’EPA vient mécaniquement réduire le coût d’exploitation du parc et repousser la date de retrait théorique des centrales.
L’administration assure également le service avant-vente. Un décret présidentiel signé le 11 février 2026 ordonne au Pentagone de conclure des contrats d’achat d’électricité à long terme avec des centrales électriques au charbon pour alimenter les installations militaires et les sites de défense jugés “critiques“.
Afin de contrer leur mise à l’arrêt programmée, le département de l’Énergie (DOE) impose depuis avril 2025 le maintien en activité de centrales vieillissantes en invoquant la section 202(c) du Federal Power Act (FPA). Conçue initialement pour répondre à des urgences énergétiques soudaines, cette disposition est aujourd’hui utilisée par l’administration pour interdire le démantèlement de centrales jugées critiques pour la fiabilité du réseau. Cette politique a été maintenue en 2026, malgré les controverses qu’elle suscite, et une contestation judiciaire croissante. Plusieurs États, estimant que le ministère outrepasse ses prérogatives, ont porté l’affaire devant la justice fédérale. Les décisions de justice attendues d’ici la fin de l’année 2026 pourraient marquer un coup d’arrêt à cette politique.
Le budget fédéral au chevet de la filière
Le soutien à la filière s’accompagne de programmes d’investissement et de subvention. A un premier programme de 625 millions de dollars en septembre 2025, est venu s’ajouter le 4 juin un second lot, doté de 750 millions de dollars. Ces fonds sont destinés à financer l’extension de la durée d’exploitation d’une vingtaine de centrales, la construction d’un terminal portuaire, et la construction de deux nouvelles centrales (localisation).
Ces mesures sont dans l’ensemble favorablement accueillies par les Etats à majorité républicaine, qui sont également au coeur des zones d’exploitation du charbon.
“Je suis très fier de dire qu’aujourd’hui est un tournant décisif pour nos mineurs, ces hommes et ces femmes qui se lèvent chaque jour, qui prennent leur panier-repas et partent travailler, chaque jour, et qui sont trop souvent ignorés“, a déclaré Jim Justice, le sénateur républicain de Virginie Occidentale. Cet Etat est le second producteur de charbon derrière le Wyoming, et la production d’électricité y repose à près de 90% sur le charbon.
Selon la Maison Blanche, le programme annoncé en juin devrait permettre la création de 14 000 emplois au niveau national, et des économies sur les factures d’électricité des ménages. Pourtant, au-delà de ces promesses, les chiffres de l’industrie racontent une tout autre histoire.
Un optimisme hors-sol
Malgré la politique volontariste engagée par Donald Trump lors de son premier mandat, la main-d’œuvre n’a cessé de s’éroder, passant en moins de 10 années de 51 000 à 44 000 emplois directs dans l’industrie extractive. Quant au coût de maintenance des centrales, il va crescendo, avec un parc dont l’âge médian est de 56 ans. La majorité des centrales à charbon a plus de 40 ans.
Le LCOE (Levelized Cost of Energy)1 du charbon est aujourd’hui 2 à 3 fois supérieur à celui du solaire photovoltaïque ou de l’éolien terrestre, même avec stockage, selon les scénarios élaborés par Lazard.
Si les États-Unis disposent des premières réserves mondiales prouvées de charbon, estimées à 250 milliards de tonnes, garantissant théoriquement des siècles de production et l’autonomie stratégique à laquelle l’administration Trump aspire, la perte de compétitivité constante et irrémédiable du charbon lui garantit de rester dans la classe des actifs échoués.
A lire également :
Pour aller plus loin : “The Gilded Age, l’obsession de Trump” https://www.revueconflits.com/the-gilded-age-lobsession-de-donald-trump-2/
Coût actualisé de l’énergie, qui permet de comparer la compétitivité de différentes technologies de production d’électricité. Il représente le coût complet par unité d’énergie produite sur toute la durée de vie d’une installation.





