Le FMI est sous la pression des Etats-Unis
La politique américaine visant à “détricoter” les programmes finançant la lutte contre le changement climatique ne se limite pas à la scène nationale. Le FMI est également dans la ligne de mire.
Elle n’a indéniablement rien de passionnant. Cependant l’étude des reportings trimestriels du Trésor sur la politique de vote américaine au sein des instances du Fonds monétaire international (FMI) est édifiante : depuis le mois de février 2025 et l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, les Etats-Unis s’abstiennent ou votent contre l’essentiel des dossiers intégrant des financements éligibles au Fonds pour la résilience et la durabilité (RST), l’instrument de l’extension du mandat du FMI vers les risques de long terme.
Cette stratégie n’a aucun effet sur la décision finale : dans cette instance, la majorité qualifiée suffit. Mais elle témoigne vis-à-vis des membres du conseil d’administration, vote après vote, de la volonté des Etats-Unis de peser sur la stratégie du FMI qu’ils jugent contraire à son mandat originel.
La durabilité sans le climat
Le ton a été donné dès le jour de l’investiture de Donald Trump. Le décret présidentiel intitulé “Reevaluating and Realigning United States Foreign Aid”, signé le 20 janvier 2025, a donné pour mission au secrétaire d’Etat au Trésor de mener une revue des engagements américains dans les institutions financières internationales.
Ce décret, qui ne visait pas explicitement le FMI ou la Banque mondiale, a été le prélude aux prises de position fermes qui ont émaillé l’année 2025. “Je n’ignore pas que la “durabilité” est un terme en vogue dans ces enceintes. Mais je ne parle ni de changement climatique, ni d’empreinte carbone. Je parle de viabilité économique et financière — cette forme de durabilité qui permet l’élévation des niveaux de vie et assure le maintien de la liquidité des marchés. Pour mener à bien leurs missions, les institutions financières internationales doivent se concentrer de manière exclusive sur la préservation de ce type de soutenabilité,” a ainsi déclaré Scott Bessent devant l’IIF (Institute of International Finance), le 23 avril 2025. Le FMI consacre “un temps et des ressources disproportionnés pour travailler sur le changement climatique, les problèmes sociaux et liés au genre”, a-t-il ajouté.
Le secrétaire d’Etat au Trésor a réitéré ses reproches dès le lendemain, cette fois à l’occasion des rencontres de printemps du FMI et de la Banque mondiale. Il a reproché au Fonds d’avoir perdu de vue “les problèmes macroéconomiques fondamentaux qui ont conduit à sa création.”
Le FMI est vu par Washington comme l’un des instruments de l’influence américaine. Aussi la dynamique à l’œuvre n’est ni celle d’un retrait ni celle d’un abandon. Elle correspond davantage à une volonté de redéfinition du périmètre du Fonds, à laquelle l’administration Trump tente de parvenir par un lobbying appuyé, faute de consensus.
Un engagement non tenu dès l’origine
Lancé en avril 2022, le Fonds pour la résilience et la durabilité (RST) vise à transformer le rôle du FMI en étendant son champ d’action aux risques macroéconomiques de long terme. Ses piliers reposent sur la fourniture de financements à longue échéance (jusqu’à 20 ans, contre 3 à 5 ans pour les financements traditionnels du FMI) pour aider les pays pauvres et les nations à revenu intermédiaire à renforcer leur résilience face au changement climatique et aux futures pandémies. Le RST est alimenté par le “recyclage” des Droits de Tirage Spéciaux (DTS) excédentaires, issus de l’allocation générale de 456 milliards de DTS effectuée en août 2021 pour aider l’économie mondiale à récupérer de la pandémie. L’objectif de capitalisation, fixé à 33 milliards de DTS, a été atteint. Grâce aux contributions de la Chine, de l’UE et du Japon, le fonds disposait début 2026 d’environ 32 à 35 milliards de DTS, ce qui correspond à l’objectif de capitalisation fixé lors de sa création. Les Etats-Unis n’ont jamais été en mesure de respecter leur engagement à transférer 15 milliards de DTS, le Congrès n’ayant jamais donné son accord à l’opération.
“Nous attendons du FMI qu’il renforce ses activités de surveillance en faisant preuve d’objectivité et d’impartialité. Ces travaux doivent se recentrer sur la stabilité macroéconomique et financière, au détriment de domaines étrangers à l’expertise du Fonds, tels que le climat ou l’égalité femme-homme.” Scott Bessent, secrétaire d’Etat au Trésor US, octobre 2025.
Le Trésor US a retiré ce chapitre du projet de budget soumis à l’approbation du Congrès au mois de mai 2025, entérinant le recentrage. Le document ne fait aucune mention au climat ou au RST, contrairement au rapport de l’année précédente.
La majorité républicaine du Congrès soutient pleinement cette stratégie, le RST étant particulièrement visé. “Si l’Administration Trump entend mettre un coup d’arrêt à la dérive bureaucratique du FMI, elle doit commencer par liquider le Fonds pour la résilience et la durabilité et recentrer les efforts sur le fonds de réduction de la pauvreté,” a déclaré le 7 mai 2025 French Hill, président de la commission des Services Financiers de la chambre des Représentants, en préambule d’une audition de Scott Bessent.
Le verrou des 16,5% : l’impasse institutionnelle
Le CGD (Center for Global Development ) relève un “essoufflement” de la dynamique observée dans le fonctionnement du RST. “Malgré quelques programmes d’envergure en 2025 ayant mobilisé des montants significatifs, il apparaît peu probable que le solde des ressources de la RSF soit entièrement engagé d’ici 2026, sauf à procéder à des ajustements de ses modalités structurelles,” conclut un rapport publié en octobre 2025.
Si l’existence même du RST est désormais publiquement mise en question par les Etats-Unis, sa gouvernance est questionnée par d’autres pays. Les conditions attachées à l’octroi de ces financements sont contestées par la Chine et les pays du G24. Pour accéder à la facilité, les pays doivent en effet justifier d’un programme d’aide du FMI en cours depuis au moins dix-huit mois.
Une réforme, qui suppose de réunir 85% des droits de vote, apparaît cependant peu probable. Les Etats-Unis disposent de plus de 16% des droits de vote, un privilège auxquel ils ne souhaitent pas renoncer et qui leur octroie un droit de veto de fait.
Une réforme, qui suppose de réunir 85% des droits de vote, apparaît cependant peu probable. Les droits de vote dont disposent les Etats-Unis - près de 16,5% - leur octroient un droit de veto de fait.
Les débats devraient néanmoins se poursuivre en 2026: le FMI doit publier une revue complète du dispositif, tandis que l’IEO (Independant Evaluation Office of the IMF) remettra également un rapport examinant, notamment, la pertinence de l’intégration des enjeux climatiques dans le mandat du Fonds.




